« Les élèves ne m’écoutent pas, ils parlent quand je parle, ils n’arrêtent pas quand je leur demande, ils se lèvent n’importe quand, ils n’attendent pas leur tour de parole, ils me parlent n’importe comment…je les punis, ils arrêtent pour un moment et dès que c’est fini, ils recommencent, comme s’ils n’avaient rien appris! Il n’y a rien qui fonctionne! »

Si cette pensée vous passe par la tête de temps en temps, ou si ça semble être l’histoire de votre vie, vous n’êtes pas seul!!!!!!

Au cours de la dernière année scolaire, j’ai eu le privilège de travailler dans une école primaire et l’honneur de travailler avec plusieurs membres de son personnel. Il est plus que clair que le bien-être des élèves tient à cœur à tous les membres de cette fabuleuse équipe. Quand ils parlent de leurs élèves, c’est comme s’ils parlaient de leurs propres enfants. C’est merveilleux! J’adore les entendre parler de leurs élèves, qu’il s’agisse d’une réussite ou d’un problème qu’ils veulent aborder, je ressens soit la fierté ou l’immense désir d’aider parfois accompagné du déchirement et de la peine qui viennent avec le sentiment d’être au bout de ses outils et d’avoir aucune idée comment aider l’élève à surmonter l’obstacle entre lui et sa réussite.

Souvent, quand on est à bout et qu’on a plus d’idées, la nature humaine fait en sorte qu’on passe à l’attaque (après tout, c’est comme ça qu’on a assuré notre survie pendant des millions d’années). En tant qu’humains modernes et civilisés, quand on est à bout, on a recours à…la punition. Nos intentions sont impeccables, les répercussions racontent une autre histoire…

Le mot discipline signifie de guider, cependant on associe souvent la discipline et la punition. Ici, j’aimerais aborder le thème de la punition. La recherche nous confirme ce qu’une partie de nous a toujours su…ça ne fonctionne pas! Je m’intéresse à ce sujet depuis plusieurs années. Je vous partage ce que j’ai appris des experts dans le domaine et confirmé par mon expérience professionnelle et personnelle au sujet de la punition. Pour le reste de ce texte, le terme « punition » inclut : crier, imposer des conséquences arbitraires1, frapper, faire honte et le temps d’exclusion.

Sans plus tarder, voici ce que l’enfant apprend véritablement quand il est puni:

  • Premièrement, la punition n’enseigne pas aux enfants un meilleur comportement. Si c’était le cas, nous aurions qu’à le faire une fois. En fait, elle crée un comportement plus négatif. Ce n’est pas seulement que les enfants qui se comportent de façons indésirables sont punis davantage, mais bien que les enfants qui sont punis plus fréquemment adopteront éventuellement un comportement négatif plus souvent.
  • La seule partie de la punition qui nous donne l’illusion qu’elle fonctionne est l’élément de peur; l’utilisation de notre pouvoir en tant que « plus fort ». Malheureusement, on leur apprend d’utiliser leur pouvoir pour contrôler les autres, qui est discutablement, la définition de l’intimidation. Par voie de modélisation, on enseigne que l’intimidation (ou le contrôle de l’autre) est une façon acceptable d’obtenir ce dont j’ai besoin.
  • La punition enseigne la dureté et l’acceptation conditionnelle. L’enfant apprend que si le comportement d’un autre ne fait pas son affaire, la solution est d’exclure. « Si tu joues avec elle, tu n’es plus mon amie. »; « Tu ne me passes jamais le ballon au soccer donc je ne n’invite pas à ma fête. »; « Tu apportes des toutous à l’école donc tu ne peux pas faire partie de notre groupe de danse. ». Évidemment, aucune de ces stratégies règle le problème sous-jacent.
  • La punition apprend à l’enfant qu’il est « méchant ». « Méchant » de faire l’expérience de sentiments négatifs l’ayant poussé de se comporter ainsi, « méchant » d’avoir agi ainsi, « méchant » de « nous avoir mis » en colère, « méchant » d’être lui-même en colère d’être puni… Malheureusement, les études démontrent régulièrement que l’enfant qui pense qu’il est « méchant » agira en accord avec son évaluation, soit « méchamment ».
  • Malgré qu’immédiatement suite à la punition, le comportement risque de cesser de façon temporaire, la seule raison derrière ce changement de comportement est la peur et le choque, et non un véritable apprentissage. L’effet long terme est en fait une hausse du comportement défavorable.
  • La punition empêche l’enfant d’assumer la responsabilité de ses actions car il crée un locus de contrôle externe – soit envers la figure d’autorité. Plus l’enfant est puni, plus il se voit comme étant incapable de réguler son propre comportement. Il ne compte plus qu’il soit son devoir de se comporter de façon positive, mais bien celui de la figure d’autorité. (de le « faire » se comporter.) Ainsi, la punition enseigne à l’enfant de canaliser ses efforts sur « s’il va se faire prendre » au lieu d’apprendre l’impact négatif de son comportement.
  • La punition apporte de la colère chez l’enfant puisqu’il lui associe une croyance que nous lui faisons mal intentionnellement, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Ainsi, l’enfant résiste de voir le comportement que nous essayons de promouvoir comme ayant une valeur pour lui. Il risque alors de devenir plus défiant, plus fâché, plus agressif et plus susceptible d’adopter un comportement négatif. Nous perdons notre crédibilité en tant que personne qui ne veuille que son bien et qui se soucie de lui.
  • La punition affaiblit le lien entre nous et l’enfant, quand en fait, sa seule véritable motivation de choisir de suivre les règles qui pour eux risquent sembler anodines à cause de leurs valeurs différentes des nôtres (comme changer de souliers quand ils arrivent à l’intérieur), est ce lien précieux et leur respect de nos besoins (dans ce cas-ci, le besoin de propreté des planchers, qui n’est pas nécessairement un besoin qu’ils partagent avec nous).

Les recherches démontrent également que le plus pénible l’enfant perçoit la punition, le plus profondément l’enfant apprend les leçons ci-dessus et le plus son comportement en souffre. Les temps d’exclusion (« time-outs ») et les conséquences arbitraires* ont le même effet sur l’enfant.

Ceci n’est aucunement un argument en faveur du laissez-faire ou de la permissivité. Je ne suggère pas laisser l’enfant faire ce qu’il veut. Les enfants voient leurs parents / enseignants avec lesquels ils ont une relation de confiance et de respect, comme étant la source ultime de vérité et veulent que ces-derniers les guident. En fait, ils se sentent en danger quand ces derniers ne les guident pas et ils adoptent, par conséquent, un comportement défavorable afin d’obtenir une rétroaction de la part de ces adultes responsables. C’est ce que nous entendons lorsque nous disons qu’un enfant « teste / pousse les limites ». Malgré la nécessité évidente des limites, il est toujours possible de demeurer empathique et compatissant lorsque nous présentons ces limites. Les enfants seront plus enclins d’accepter nos normes comme les leurs si nous leur offrons la discipline positive plutôt que la punition.

En tant que maman, j’ose croire que j’ai des attentes élevées et des limites fermes. Pourtant, je n’ai jamais eu recours à la punition avec aucun de mes enfants. Est-ce que cela signifie que je suis toujours d’accord avec leur comportement? Aucunement! Est-ce que cela signifie que je laisse passer le comportement défavorable? Aucunement! Au contraire, ces comportements sont probablement discutés beaucoup plus que si j’avais choisi la punition parce que si je compte sur eux pour s’autoréguler, ils doivent savoir comment leurs gestes impactent les autres (empathie), comment se respecter eux-mêmes dans la réception des gestes des autres, ainsi que les répercussions globales de leurs gestes. En autres mots, s’ils sont en charge de leurs propres comportements, ils doivent être outillés pour faire face aux situations quotidiennes par eux-mêmes. Évidemment, une partie de cet apprentissage inclut de savoir quand se tourner vers l’adulte responsable pour de l’appui. Les responsabilités (pour leur comportement ou autres) doivent être propices à l’âge de l’enfant. En tout et partout, mes enfants font des erreurs comme tous les enfants…mais ils ne sont définitivement pas « hors contrôle » faute de punition.

Une autre raison qui incite les adultes de punir les enfants est tout simplement la régulation de nos propres émotions. Lorsque nous punissons, nous déchargeons nos propres sentiments bouleversants. Nous punissons souvent les enfants au lieu d’assumer la responsabilité de notre propre colère et de retrouver notre calme. L’action de punir décharge notre frustration et notre inquiétude. Alors le plus on prend soin de nous et de nos besoins, le mieux outillés on devient pour nos élèves et nos enfants.

Alors … vous êtes d’accord avec la recherche mais vous avez aucune idée comment faire autrement? Pas de problème! J’ai des ressources extraordinaires écrites par des experts fascinants. En fait, si vous vous identifiez à ma citation du début, je connais des ressources qui changeront vos vies! Promis!

Commençons par le début. Si vous vous reconnaissez et que vous voulez un changement rapide, commencez avec le chapitre 3 (Pour éviter les pièges de la punition : des avenues qui mènent à l’autodiscipline) :

  • Faber, Adele and Mazlish, Elaine, Parler pour que les enfants apprennent – à la maison et à l’école. France : Aux éditions du phare, 2013.

Si vous aimez ce que vous lisez, je vous recommande du plus fortement le livre au complet. Une lecture rapide, fascinante, pleine des trucs pratiques et d’exemples concrets. En fait, ce livre est inspiré d’un autre livre des mêmes auteurs qui vise plus spécifiquement les parents. C’est le premier livre de Faber et Mazlish que j’ai lu et qui m’a inspiré de lire tous leurs autres ouvrages! En voici la référence :

  • Faber, Adele and Mazlish, Elaine, Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent. France : Aux éditions du phare, 2012.

Finalement, toute la question de la primordialité de la relation avec l’enfant, l’accueil de ses sentiments, la discipline positive et la communication empathique pour promouvoir la confiance en soi et l’autodiscipline chez l’enfant est abordée de façon tout à fait géniale dans le livre suivant du Dr. Laura Markham.

  • Markham, Laura, Peaceful Parent, Happy Kids: How to Stop Yelling and Start Connecting. New York: Penguin Books, 2012

  1. L’inefficacité de ces méthodes provient précisément de leur nature arbitraire. Une conséquence naturelle enseigne de façon efficace (ex. Tu as choisi de jaser avec ton ami pendant les périodes de travail malgré mes avertissements et le travail doit être complété. Je devrai te demander de le faire à un moment où tu ne manqueras pas de nouvelle matière et où tu ne prendras pas de retard dans tes autres travaux. Je peux penser à l’heure du diner, la pièce de théâtre ou la sortie à la piscine. As-tu d’autres idées?) Une conséquence arbitraire enseigne que nous faisons du mal par exprès, en exerçant notre pouvoir (ex. Tu m’as menti donc je te retire le privilège d’aller à la sortie de fin d’année à la piscine). ↩︎

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